Back to top
7 Décembre 2025

Pakistan : Les défenseur⸱ses des droits humains Imaan Zainab Mazari et Hadi Ali Chattha cibles de persécutions judiciaires

Front Line Defenders condamne fermement l’acharnement judiciaire à l’encontre des avocats en droits humains Imaan Zainab Mazari et Hadi Ali Chattha au Pakistan. Les défenseur·ses sont la cible d'une intense campagne de représailles judiciaires à la suite de tweets qu’ils ont publiés et dans lesquels ils critiquaient le comportement de l'État pakistanais, en particulier les violations des droits humains commises par l'armée et les services de renseignement. Après leur inculpation officielle le 30 octobre 2025, les défenseur⸱ses des droits humains se sont vu refuser leurs droits fondamentaux de bénéficier d’une procédure régulière, notamment le droit à un procès équitable et à une représentation juridique, et risquent une longue peine de prison en représailles à leur travail.

Imaan Zainab Mazari est une avocate en droits humains qui représente de très nombreuses victimes de violations des droits humains, en particulier de cas de disparitions forcées, d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires et de violations lors des détentions. Grâce à son travail, elle garantit l'accès à la justice et la réparation aux défenseur⸱ses des droits humains, aux victimes et à leurs familles contre les pratiques oppressives des autorités étatiques, en particulier l'armée, la police et les agences de renseignement. En raison de son activisme et de son engagement, Imaan Zainab Mazari est régulièrement prise pour cible par les autorités publiques; elle a notamment été arrêtée sans raison en octobre 2024, et fait l'objet de campagnes visant à discréditer et à minimiser son travail.

Hadi Ali Chattha est un avocat spécialisé dans les droits humains et le droit pénal, qui représente les victimes injustement accusées de blasphème. Hadi Ali Chattha travaille avec la cellule d'aide juridique Asma Jahangir, où il représente les victimes de violences sexuelles, de viols et de disparitions forcées. Le défenseur des droits humains collabore également avec le Justice Project Pakistan dans des affaires concernant des condamnés à mort.

Le 30 octobre 2025, Imaan Mazari et Hadi Ali Chattha ont été officiellement inculpés en vertu des dispositions de la loi de 2016 sur la prévention des crimes électroniques (PECA). L'affaire pénale repose sur une plainte (First Information Report) déposée par l'Agence nationale d'enquête sur la cybercriminalité (NCIA) en août 2025, concernant des publications sur les réseaux sociaux/tweets qu'ils ont postés et dans lesquels ils critiquent les violations des droits humains commises par l'armée pakistanaise. Les représailles judiciaires, qui entraînent des peines sévères pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement, constituent une atteinte directe à leur liberté d'expression et à leur plaidoyer contre les violations graves des droits humains, notamment les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires, en particulier dans les provinces du Khyber Pakhtunkhwa et du Baloutchistan.

Les poursuites judiciaires engagées contre Imaan Zainab Mazari et Hadi Ali Chattha présentent des vices de procédures graves et des tentatives d'influencer l'issue du procès et leur défense juridique. À ce jour, les défenseur⸱ses des droits humains n'ont pas pu bénéficier de l'assistance juridique de leur choix et il existe des preuves indiquant que le parquet a tenté d'influencer l'avocat commis d'office. Hadi Ali Chattha a été arrêté le 29 octobre au tribunal, alors qu'il s'était présenté devant la cour conformément à une citation à comparaître. Les dates des audiences ont été fixées sans préavis suffisant, ne laissant pas assez de temps pour préparer la défense, les preuves ont été enregistrées ex parte et des pressions ont été exercées sur les avocats commis d'office pour qu'ils mènent le procès en suivant les instructions ou sous la pression du parquet. Le verdict final du procès devrait être rendu le 8 décembre 2025. Le déni systématique du droit à bénéficier d’une procédure régulière et la nature des accusations portées contre les défenseur⸱ses des droits humains soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la légitimité du procès et au risque de mesures punitives à l'encontre des DDH, notamment une longue peine de prison.

Les poursuites pénales engagées contre Imaan Zainab Mazari et Hadi Ali Chattha s'inscrivent dans un schéma systématique de représailles contre les DDH visant à les punir pour leur travail et à entraver leur capacité à représenter les victimes de violations commises par l'État. Imaan Zainab Mazari et Hadi Ali Chattha ont été arrêtés sur la base de fausses accusations, notamment pour violation de la législation antiterroriste, comportement antiétatique et diffamation à l'encontre de chefs religieux ayant déjà porté de fausses accusations de blasphème.

Front Line Defenders est extrêmement préoccupée par le traitement d’Imaan Zainab Mazari et Hadi Ali Chattha, ainsi que par la campagne de criminalisation ciblée menée à leur encontre. Nous pensons que ces poursuites judiciaires constituent des représailles contre leur travail en faveur des droits humains, des victimes et de leurs familles. Les allégations infondées et le déni flagrant du droit à un procès équitable dont sont victimes les DDH font peser un risque grave sur leur sécurité, notamment la possibilité d'être emprisonnés sur la base de fausses accusations.

Front Line Defenders exhorte les autorités pakistanaises à abandonner immédiatement les poursuites judiciaires infondées engagées contre Imaan Zainab Mazari et Hadi Ali Chattha, à veiller à ce qu'ils ne subissent plus d'interrogatoires ni de harcèlement, et à garantir leur droit à la liberté d'expression et à mener leurs activités en faveur des droits humains sans craindre de représailles ni de menaces pour leur sécurité physique et mentale.