Déclaration conjointe - Indonésie : Libérez les défenseur⸱ses des droits humains Dera Pramandira et Fathul Munif, respectez le droit des citoyens à manifester pacifiquement
BANGKOK, Thaïlande (8 décembre 2025) – L’Asian Forum for Human Rights and Development (FORUM-ASIA) et Front Line Defenders (FLD) exhortent le gouvernement indonésien à libérer immédiatement et sans condition les défenseur⸱ses des droits humains Adetya « Dera » Pramandira et Fathul Munif.
Les deux DDH auraient été pris en embuscade par 24 policiers et arrêtés arbitrairement le 27 novembre 2025, à la suite d'accusations d'incitation à manifester qui se sont répandues dans toute l'Indonésie au mois d'août. Dera et Munif ont été désignés comme suspects au titre de la disposition relative à l'« incitation » du Code pénal indonésien et de la disposition relative aux « discours haineux » de la loi sur les informations et les transactions électroniques (ITE).
Leur arrestation a eu lieu quelques jours seulement après l'entrée en vigueur du Code de procédure pénale révisé (KUHAP). Les procédures spéciales des Nations Unies ont critiqué le KUHAP pour avoir élargi les pouvoirs de la police et affaibli les garanties contre la détention arbitraire. Le cas de Dera et Munif reflète la recrudescence des cas d’acharnement judiciaire, d'arrestations et de détentions arbitraires, de violences et d'intimidations dont sont victimes les défenseur⸱ses des droits humains, les étudiants, les activistes et les manifestants pacifiques en Indonésie.
Répression systématique de la dissidence
Entre août et septembre 2025, des milliers d'Indonésiens sont descendus dans la rue pour critiquer les politiques gouvernementales. Les manifestants réclamaient pacifiquement une augmentation du salaire minimum, une meilleure sécurité de l'emploi, des réformes équitables en matière de travail et de fiscalité, ainsi que l'adoption de lois essentielles pour protéger les droits des travailleurs et la participation démocratique.
Les manifestations, qui se sont étendues à 18 provinces et 39 sous-districts, ont été marquées par la brutalité policière et des tactiques illégales de contrôle des foules. Ces violences ont fait au moins 10 morts parmi les civils, plus de 400 blessés graves et environ 4 000 arrestations arbitraires, dont des personnes qui n'avaient même pas participé aux manifestations.
Au lendemain des manifestations, les défenseur⸱ses des droits humains et les acteurs de la société civile ont continué à faire l’objet de répression ciblée, de stigmatisation, de surveillance numérique et d'accusations criminelles infondées. Ils ont été accusés en vertu de dispositions vagues et trop générales telles que l’« incitation », en vertu de l'article 160 du Code pénal, de la loi sur les technologies de l'information et de la communication (ITE) et de la loi sur la protection de l'enfance.
Beaucoup ont été arrêtés sans mandat, privés d’avocat et victimes d'intimidation pendant leur détention. Parmi les personnes ciblées se trouvent Delpedro Marhaen Rismansyah, Syahdan Husein, Muhammad “Paul” Fakhrurrozi, Muzaffar Salim, Laras Faizati et Figa Lesmana.
Le recours continu à des dispositions pénales vagues, à des arrestations sans mandat et à des détentions prolongées reflète les efforts délibérés du gouvernement pour intimider et démanteler les mouvements de la société civile.
Les procès en cours contre les militants impliqués dans les manifestations d'août et septembre, associés aux arrestations de Dera et Munif en novembre, témoignent d'une tendance systématique à réduire au silence les dissidents, à restreindre l'espace civique et à criminaliser le travail pacifique et légitime en faveur des droits humains en Indonésie.
Tous ces éléments montrent que l'Indonésie ne respecte pas ses obligations au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de la loi n° 39/1999 sur les droits de l'homme et de la Déclaration des Nations Unies sur les défenseur⸱ses des droits humains, qui garantissent tous les droits à la liberté, à un procès équitable, à la liberté d'expression et à la protection contre les arrestations arbitraires.
Appel à agir
FORUM-ASIA et FLD sont solidaires de tous les défenseur⸱ses des droits humains, acteurs de la société civile, étudiants et manifestants pacifiques qui continuent de réclamer justice et des comptes malgré l'escalade de la répression.
Nous exhortons les autorités indonésiennes à reconnaître, respecter et protéger les libertés fondamentales du peuple, à savoir la liberté d'expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d'association.
Nous demandons la libération immédiate et inconditionnelle de Dera, Munif et de tous les autres défenseur⸱ses des droits humains et manifestants détenus. Nous exhortons les autorités à respecter les procédures régulières, à garantir des procès équitables et à respecter le droit à l'assistance d'un avocat.
Le gouvernement doit cesser d'utiliser des lois trop générales pour réprimer les voix dissidentes. Les gens ont le droit de manifester pacifiquement et les défenseur⸱ses des droits humains ne sont pas des criminels. Leurs efforts pour protéger les communautés marginalisées, dénoncer les abus et dire la vérité au pouvoir sont essentiels à la démocratie et à la responsabilité publique.
Nous appelons également la communauté internationale à surveiller en permanence la situation en Indonésie et à se joindre à nous pour s'opposer à la criminalisation des défenseur⸱ses des droits humains et des manifestants pacifiques.


