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21 Janvier 2026

Iran : Les défenseur⸱ses des droits humains pris pour cible dans le contexte de la répression brutale des manifestations

Front Line Defenders est profondément alarmée par le fait que les défenseur⸱ses des droits humains soient pris pour cible dans le cadre de la répression brutale des manifestations en Iran. L'organisation condamne l'arrestation de la défenseuse des droits humains Shima Ghooseh le 16 janvier 2026, l’acharnement judiciaire et la criminalisation de Nazanin Salari, Mahmoud Taravat-Roi, Masoud Ahmadian ainsi que la détention de Seyed Mehdi Karimi Farsi pendant et après les manifestations début janvier 2026.

Shima Goosheh et Seyed Mehdi Karimi Farsi sont des défenseur⸱ses des droits humains et avocats qui militent pour les droits des femmes et contre la peine de mort en Iran. Nazanin Salari, Mahmoud Taravat-Roi et Masoud Ahmadian sont des défenseur·ses et des avocats qui défendent activement les droits des femmes et des enfants et qui contribuent à faire progresser les droits fondamentaux et l'accès à la justice en Iran.

Le 16 janvier 2026, la défenseuse et militante féministe Shima Ghooseh, a été arrêtée après une descente de police à son domicile à Téhéran. On ne dispose d'aucune information sur le lieu où elle se trouve, les accusations portées contre elle ou les agents qui l'ont arrêtée.

Le 6 janvier 2026, les défenseur⸱ses des droits humains Nazanin Salari, Mahmoud Taravat-Roi et Masoud Ahmadian ont été convoqués et ont comparu devant la première chambre du tribunal révolutionnaire de Shiraz, accusés de « collaboration avec des États hostiles », de « complot et collusion contre la sécurité nationale » et de « propagande contre l'État ». Nazanin Salari est également accusée d'« incitation à la corruption et à la prostitution » et de s’être « présentée dans des lieux publics sans voile religieux » par la branche 112 du tribunal pénal. Elle a initialement été accusée en novembre 2023. Le 1er janvier 2026, Nazanin Salari, qui était membre du tribunal disciplinaire du barreau de Fars, a démissionné de son poste avec un groupe d'avocats en raison de l'inaction du barreau concernant le soutien aux droits légaux des manifestants. De plus, Mahmoud Taravat-Roi avait annoncé après le début des manifestations, le 28 décembre 2025, qu'il représenterait gratuitement les manifestants détenus.

Le 4 janvier 2026, Seyed Mehdi Karimi Farsi a commencé à purger une peine d'un an de prison prononcée en octobre 2024 pour « propagande contre l'État », en raison de contenus qu'il avait publiés pendant les manifestations « Femme, vie, liberté » entre 2022 et 2023. En août 2023, il a attiré l'attention générale après avoir organisé une marche pacifique à Téhéran pour réclamer l'indépendance du Barreau central iranien, une action qui a suscité un débat national sur l'indépendance des avocats et renforcé la solidarité au sein de la profession juridique.

Ces défenseur⸱ses des droits humains sont pris pour cible dans le contexte d'une répression brutale des manifestations en Iran depuis le 28 décembre 2025, qui a fait des milliers de morts et des dizaines de milliers d'arrestations parmi les manifestants. Le ciblage de ces défenseur·ses a lieu dans un contexte de répression accrue, ce qui suscite de vives inquiétudes quant à la volonté des autorités de punir davantage et de réduire au silence les défenseur·ses des droits humains qui soutiennent pacifiquement le droit de manifester et plaident en faveur du respect de l'État de droit, de l'indépendance des barreaux et de l'accès à la justice en Iran.

Par ailleurs, depuis le 8 janvier 2026, aucune information actualisée n'a été obtenue sur la situation des défenseur⸱ses des droits humains susmentionnés, en raison de la coupure nationale d'Internet. On estime que depuis cette date, il y a eu plus de 290 heures de coupure quasi totale d'Internet. Cela restreint considérablement l'accès à des informations indépendantes et le partage d'informations essentielles et vitales. Avant la coupure d'Internet, des défenseur⸱ses des droits humains, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Iran, avaient signalé avoir reçu des menaces, et de nombreux avocats spécialisés dans les droits humains s'étaient déclarés prêts à représenter gratuitement les manifestants arrêtés.

De plus, la déconnexion entre l'Iran et le reste du monde pendant la répression brutale des manifestations empêche les journalistes d'accéder au terrain pour rendre compte des événements et empêche la présence de médias indépendants sur place. Cela rend impossible le travail des organisations de défense des droits humains qui cherchent à documenter et à signaler les violations. Cela expose également les personnes travaillant sur le terrain à un risque élevé, en particulier pour leur vie et leur sécurité personnelle.

Front Line Defenders est profondément alarmée par les rapports faisant état de la répression des manifestations par les autorités iraniennes depuis le 28 décembre 2025 en réponse à la situation économique du pays. L’organisation appelle la communauté internationale à veiller à ce que les exactions commises dans ce contexte ne soient pas impunies, et à faire en sorte que les coupables rendent des comptes par le biais des mécanismes internationaux disponibles.

Front Line Defenders estime que les défenseur⸱ses des droits humains en Iran sont spécifiquement pris pour cible dans le cadre de la répression des manifestations, en raison de leur rôle d'avocats et de défenseur⸱ses des droits et libertés fondamentaux. L’organisation appelle les autorités iraniennes à cesser l’acharnement judiciaire et la criminalisation de Nazanin Salari, Mahmoud Taravat-Roi et Masoud Ahmadian et à abandonner toutes les charges retenues contre eux. En outre, Front Line Defenders demande la libération immédiate de Seyed Mehdi Karimi Farsi et demande aux autorités de fournir des informations sur le sort et la sécurité de Shima Ghooseh. Les défenseur⸱ses des droits humains en Iran doivent être protégés et doivent pouvoir mener à bien leur travail sans crainte de représailles et sans aucune restriction.