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28 Février 2025

Tunisie : Solidarité avec Mira Ben Salah, défenseuse des droits humains transgenre, et avec Damj, l’Association tunisienne pour la justice et l’égalité

Le 21 février 2025, un groupe d’organisations tunisiennes de défense des droits humains a publié une déclaration commune pour faire part de sa solidarité avec Damj, l’Association tunisienne pour la justice et l’égalité, et la coordinatrice de son bureau dans le sud du pays, la défenseuse des droits humains transgenre Mira Ben Salah. Front Line Defenders se joint aux organisations tunisiennes de défense des droits humains pour soutenir la défenseuse Mira Ben Salah et Damj. Nous faisons cette déclaration conjointe de solidarité dans le contexte d’une campagne de diffamation menée contre la défenseuse transgenre à cause de son travail de militante queer en Tunisie.

Mira Ben Salah est une femme transgenre, défenseuse des droits humains, activiste queer et coordinatrice du bureau sud de l’Association tunisienne pour la justice et l’égalité (Damj) à Sfax, en Tunisie. Elle participe également à de nombreuses campagnes en faveur des droits humains et des mouvements sociaux, appelant à la liberté d’expression et aux droits socio-économiques. En raison de son action en faveur des droits humains, Mira ben Salah est régulièrement harcelée par les autorités tunisiennes et fait l’objet de multiples campagnes de diffamation.

Damj, l’Association tunisienne pour la justice et l’égalité, est une organisation de défense des droits humains qui promeut la justice, l’égalité et l’inclusion de la communauté LGBTIQ+ en Tunisie. Elle a été créée en 2002 pour protéger les droits des personnes marginalisées confrontées à la criminalisation et à la discrimination en raison de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre. L’organisation s’efforce activement de dépénaliser l’homosexualité et les diverses identités de genre, en canalisant ses efforts par le biais de réformes juridiques, d’événements de réseautage, de rassemblements communautaires et de collaborations avec des partenaires de la société civile. Damj étend ses activités de plaidoyer au niveau national et international, en forgeant des partenariats avec des groupes de défense des droits humains afin de faire progresser l’autonomisation juridique de la communauté queer en Tunisie. Parallèlement, Damj assure la protection, l’assistance juridique et le renforcement des capacités des personnes et activistes queers. Damj répond à des besoins cruciaux et défend avec détermination les droits des personnes LGBTQI+ en Tunisie, tout en faisant face à des violations et à des défis tels que la discrimination, la violence, les campagnes de diffamation et les arrestations injustes de ses employés et de ses membres.

Depuis qu’elle a organisé la Conférence sur la déclaration queer le 31 janvier 2024, Damj et ses membres, principalement Mira Ben Salah, sont confrontés à des campagnes de diffamation en ligne orchestrées par des comptes de réseaux sociaux pro-gouvernementaux appelant à la dissolution de Damj et incitant à la violence à l’encontre de ses membres. Parallèlement à ces campagnes, les données personnelles de Mira Ben Salah ont été divulguées en ligne, y compris son adresse personnelle et son numéro de téléphone. En outre, les lignes téléphoniques de Damj dans le sud du pays reçoivent un grand nombre d’appels menaçants.

Ce n’est pas la première fois que Damj est la cible d’attaques : l’organisation a subi un harcèlement similaire en juillet 2023, lorsqu’elle a reçu de nombreux appels téléphoniques de prétendus agents de sécurité tentant de collecter des informations personnelles sur les membres de l’association. Les personnes qui appelaient accusaient l’association d’être illégale et suspecte, et menaçaient de la fermer suite à des signalements de la police.

Le 19 septembre 2024, les autorités tunisiennes ont convoqué Mira Ben Salah au poste de police de Bab Bahr, à Sfax, sans présenter de justification. Cette convocation a eu lieu alors que plusieurs activistes et associations queers en Tunisie ont été convoqués dans le cadre d’une vaste campagne en ligne anti-queer qui a débuté le soir du 13 septembre 2024. Cette campagne a été lancée par des centaines de pages anti-queer sur les réseaux sociaux et a été suivie d’une campagne médiatique qui incitait à l’arrestation et à punir les activistes et associations queers en Tunisie.

Depuis septembre 2024, Mira Ben Salah est ciblée par des pages de réseaux sociaux qui salissent son engagement civique et son militantisme au sein du mouvement queer en Tunisie, et qui appellent à son emprisonnement. En outre, en février 2025, des pages de réseaux sociaux pro-gouvernementaux ont publié ses coordonnées et son adresse personnelles. Ces actes de harcèlement affectent aussi sa famille à Sfax.

Des organisations locales de la société civile tunisienne ont conclu dans leur déclaration commune que le harcèlement à l’encontre de Mira Ben Salah est un outil visant à l’intimider et la pousser à retirer les plaintes pénales qu’elle a déposées en juillet 2023 et février 2024 auprès du procureur de la République du tribunal de première instance de Sfax. Ces plaintes ont été déposées en raison du harcèlement policier répété et continu auquel elle est confrontée.

Front Line Defenders est profondément préoccupée par les campagnes de diffamation et le harcèlement qui menacent la sécurité de la défenseuse des droits humains Mira Ben Salah et le travail pacifique et légitime de Damj. Elle estime que ces cas de harcèlement s’inscrivent dans le cadre d’une campagne contre les défenseur⸱ses et les activistes queers qui dénoncent la répression à l’encontre des personnes LGBTIQ+ — entre septembre 2024 et janvier 2025, plus de 84 personnes LGBTI ont été arrêtées dans différents lieux en Tunisie.

Front Line Defenders appelle les autorités tunisiennes à assurer la sécurité de la défenseuse des droits humains Mira Ben Salah et à veiller à ce que Mira Ben Salah et tous les défenseur⸱ses LGBTIQ+ à Damj puissent mener à bien leurs activités pacifiques en faveur des droits humains. Elle exhorte également les autorités tunisiennes à garantir en toutes circonstances que tous les défenseur⸱ses des droits humains en Tunisie puissent mener à bien leur travail en faveur des droits humains sans crainte de représailles et sans aucune restriction, conformément aux obligations et engagements internationaux de la Tunisie en matière de droits humains.