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28 Octobre 2025

Thaïlande : Les autorités doivent protéger les défenseur⸱ses des droits humains Angkhana Neelapaijit et Sunai Phasuk contre les menaces et garantir la liberté d’expression

GENÈVE, Suisse (28 octobre 2025) – Les organisations soussignées sont profondément alarmées par les menaces de mort et les discours haineux proférés en ligne à l’encontre de la sénatrice thaïlandaise Angkhana Neelapaijit et du chercheur en droits humains Sunai Phasuk suite à leurs déclarations publiques sur le conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge.

Nous exprimons notre solidarité à l’égard d’Angkhana et Sunai. Nous exhortons conjointement les autorités thaïlandaises à prendre des mesures immédiates et efficaces pour les protéger, ainsi que tous les défenseur⸱ses des droits humains, contre les menaces, le harcèlement et l’intimidation. Les autorités doivent également enquêter et poursuivre les responsables de ces menaces conformément à la loi.

Angkhana est une éminente défenseuse des droits des humains, présidente de la commission des droits humains du Sénat et ancienne membre de la Commission nationale des droits humains de Thaïlande. Elle est également ancienne membre du Groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées ou involontaires. Sunai est chercheur sur la Thaïlande au sein de la division Asie de Human Rights Watch.

Ce qu’il s’est passé

Angkhana et Sunai sont victimes de menaces de mort et de harcèlement en ligne depuis qu’ils ont critiqué publiquement l’utilisation de haut-parleurs pour diffuser des sons perturbants à l’intention des civils cambodgiens vivant le long de la frontière.

L’incident en question a commencé le 10 octobre 2025, lorsque Guntouch Pongpaiboonwet, figure ultranationaliste, a utilisé des haut-parleurs et d’autres équipements pour diffuser des bruits perturbants à l’intention des colons cambodgiens vivant dans les villages de Ban Nong Chan et Ban Nong Ya Kaeo, dans la province de Sa Kaeo. La Thaïlande revendique la juridiction sur cette zone, mais le Cambodge conteste cette revendication.

Les bruits étaient diffusés chaque nuit et comprenaient des sons semblants à des hurlements fantomatiques et à des moteurs d’avion. Ils visaient vraisemblablement à intimider les civils cambodgiens et le personnel militaire stationné près de la frontière. Ces actes constituent une violation grave de l’accord de cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande, signé le 28 juillet 2025.

Suite à cela, Angkhana a appelé le gouvernement thaïlandais à reconnaître que de tels actes, qui visent à semer la peur ou à causer une détresse psychologique parmi les civils, en particulier les groupes vulnérables tels que les femmes, les enfants, les personnes âgées et les malades, pourraient constituer une torture psychologique au sens de la Convention des Nations Unies contre la torture, à laquelle la Thaïlande est partie. Ses propos ont déclenché des propos haineux et des menaces de mort en ligne à son encontre et à l’encontre de sa famille.

Sunai a publiquement soutenu Angkhana et a relayé ses inquiétudes. Il a alors été pris pour cible en ligne de manière similaire. Les militants ont tous deux été accusés en ligne d’être antipatriotiques et favorables au Cambodge.

Le 15 octobre, la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, a fait part de ses inquiétudes concernant les menaces qui auraient été proférées à l’encontre d’Angkhana. Elle a demandé que des mesures de protection immédiates soient prises pour assurer la sécurité de la sénatrice.

Le 18 octobre, les deux militants ont déposé une requête auprès de la police thaïlandaise, demandant une protection pour eux-mêmes et leurs familles ainsi qu’une enquête urgente afin d’identifier et de poursuivre les responsables. La requête demandait également que les plaignants et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) soient informés des résultats de l’enquête afin de garantir la transparence et la responsabilité.

Appel à l’action

Nous appelons les autorités thaïlandaises à protéger Angkhana Neelapaijit, Sunai Phasuk et tous les défenseur⸱ses des droits humains contre les menaces, le harcèlement et l’intimidation, tant en ligne que hors ligne.

Les défenseur·ses doivent pouvoir accomplir leur travail inestimable et exercer leur droit à la liberté d’expression sans crainte de représailles. En tant que membre du Conseil des droits humains des Nations unies et État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Thaïlande est tenue de respecter ce droit.

Étant donné que le bilan de la Thaïlande en matière de droits humains sera examiné lors du quatrième cycle de l’Examen périodique universel en novembre 2026, le pays doit démontrer son engagement sincère en faveur des droits humains en garantissant un environnement sûr pour les défenseur·ses, en traduisant les auteurs de violations en justice et en alignant ses actions sur ses obligations internationales relatives aux droits humains.

Signataires :

  • Asia Democracy Network
  • Asian Forum for Human Rights and Development (FORUM-ASIA)
  • CIVICUS: World Alliance for Citizen Participation (Alliance mondiale pour la participation citoyenne)
  • Focus on the Global South
  • Front Line Defenders
  • La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur⸱ses des droits humains
  • International Service for Human Rights