
Gamito dos Santos Carlos
Le prix annuel Front Line Defenders pour les défenseurs des droits humains en danger a été créé en 2005 afin d'honorer le travail des DDH qui contribuent courageusement et de manière exceptionnelle à la promotion et à la protection des droits humains d'autrui, souvent au péril de leur vie.
Gamito dos Santos Carlos est un défenseur des droits humains âgé de 33 ans originaire de Nampula, dans le nord du Mozambique ; il est directeur exécutif de l'AJOPAZ, l'Association des jeunes pour la paix. Son travail dans le domaine des droits humains est axé sur les droits sociaux, civils et politiques et sur la responsabilité. Gamito milite pour la protection des DDH et s'engage auprès des jeunes afin de promouvoir des changements sociaux significatifs dans sa communauté, dans le but de favoriser la justice et la prise de décisions durables par les autorités. Il est également membre de l'association Amis d’Amurane pour un Mozambique meilleur - KÓXUKHURO, ainsi qu'analyste et coordinateur provincial du Réseau mozambicain des défenseurs des droits humains (RMDDH).
Gamito a eu une enfance difficile. Ses parents se sont séparés quand il était jeune, et il vit seul depuis l'âge de 12 ans. Son père était agent de vulgarisation agricole et sa mère employée de maison, mais ils sont aujourd'hui tous deux décédés. Malgré ces difficultés, il a réussi à terminer ses études et, après avoir obtenu son diplôme, il s'est engagé dans le militantisme, travaillant d'abord dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive des jeunes. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses frères et sœurs, il a exercé plusieurs emplois.
Gamito s'est ensuite engagé dans la fonction publique. Sur recommandation de son mentor, feu le Dr Mahamudo Amurane, il a rejoint le Conseil municipal de Nampula, où il a occupé divers postes. Il a également travaillé pendant deux ans comme chargé de communication et attaché de presse auprès du président de la municipalité de Nacala Porto. Cependant, il a démissionné de ce poste afin de se consacrer pleinement à sa passion : défendre les droits humains et s'opposer à l'exploitation des ressources du pays. Il travaille sur plusieurs initiatives notables en faveur de la responsabilisation, dans un contexte où la gestion et l'administration des services publics et des infrastructures ne sont pas aussi efficaces qu'elles devraient l'être. Selon Gamito, il y a peu de changements dans la société en raison du manque de compréhension de la part des politiciens, du manque d'information des citoyens et de la culture de conformisme et de la peur.
En 2017, Gamito est intervenu dans des accusations portées dans des écoles concernant le paiement illégal de gardes. Il s'est également battu pour garantir au quartier de Namiteka un accès légitime à l'eau en veillant au remplacement de son système d'approvisionnement en eau. Il a aidé des familles à récupérer des terres illégalement saisies, et a participé à de nombreuses autres affaires similaires. Sa communauté le considère comme quelqu'un qui peut l’aider pour un certain nombre de questions sociales et elle lui fait confiance pour la soutenir et la conseiller en matière de droits civils et politiques locaux.
Gamito a été particulièrement actif en 2023, lors des élections au Mozambique. Il a mis en œuvre des projets liés aux élections locales visant à former les jeunes à la participation aux processus décisionnels au sein des assemblées municipales, ainsi qu'à organiser des équipes d'observation électorale. Il a contribué à la libération de 105 jeunes qui avaient été arrêtés pour avoir manifesté pacifiquement contre les résultats des élections de 2023, qu'ils jugeaient frauduleux.
En mai 2023, Gamito s'est élevé contre la démolition illégale du marché de Nampula et l'expulsion de ses vendeurs, suite à laquelle 1 000 d'entre eux se sont retrouvés sans moyens de subsistance ni indemnisation. Il a fait remarquer que la destruction du marché pourrait entraîner une augmentation des activités illégales, car de nombreux jeunes qui en dépendaient pour leur subsistance se retrouveraient sans emploi. Cependant, suite à son intervention, il a été la cible de menaces de mort, d’intimidations à l’encontre de sa famille par le biais d'appels téléphoniques anonymes et d’une tentative de cambriolage à son domicile. Alors qu'il tentait d'intenter une action en justice pour demander une indemnisation pour les victimes, Gamito a été pris en embuscade dans sa voiture, sa vitre a été brisée et les documents liés à l'affaire ont été volés.
Au Mozambique, les défenseur·ses des droits humains sont confrontés à un environnement de plus en plus répressif qui restreint leur capacité à organiser des manifestations et des protestations pacifiques. Le travail de Gamito en faveur des droits humains l'expose à de graves dangers, notamment des enlèvements, des tortures, des menaces, des intimidations et bien d'autres encore. Lors d'une marche organisée le 18 mars 2023 en l'honneur de feu le militant et musicien Edson da Luz, également connu sous le nom d'« Azagaia », Gamito a été kidnappé et torturé, accusé de semer l'instabilité dans le pays et interrogé sur son travail en faveur des droits humains avant d'être libéré le lendemain. Son domicile a été perquisitionné à trois reprises et, en novembre 2023, des inconnus l'ont retenu en otage avec sa famille dans leur maison, allant jusqu'à braquer une arme sur la tête de sa fille de sept ans. Ils ont également confisqué son matériel de travail, notamment ses téléphones portables et son ordinateur professionnel, qui contenait des données sensibles.
Les descentes répétées à son domicile ont contraint Gamito à quitter le quartier où il vivait depuis son enfance, et sa famille subit les conséquences sociales et économiques de l'intimidation dont il fait l'objet. Il a perdu son emploi à la mairie de Nampula à cause de son activisme, et la stigmatisation négative dont il fait l’objet l’empêche de trouver facilement un nouvel emploi. Gamito souffre également d'isolement social et d'une réduction de ses réseaux sociaux, car ses amis proches et sa famille sont souvent victimes de représailles en raison de leurs liens avec lui.
Au Mozambique, il est également difficile d'obtenir les ressources financières durables et suffisantes, nécessaires pour mener à bien son travail en faveur des droits humains et en assurer les résultats. Cependant, malgré tous ces défis, Gamito défend toujours la démocratie, les droits humains et les initiatives contre la corruption au Mozambique, contribuant ainsi de manière significative à l'amélioration des conditions de vie de la communauté de Nampula.
Gamito rêve d'un pays plus juste et plus égalitaire, où la santé, l'éducation, le logement et l'emploi sont des droits pleinement respectés, où l'équité et l'égalité des sexes sont acceptées sans préjugés, où les jeunes et les femmes participent aux processus décisionnels, où les responsables politiques traitent les citoyens avec respect et dignité et respectent l'État de droit, où la liberté d'expression est un droit respecté, et où la démocratie est authentique et où les citoyens exercent leurs droits sans crainte.
