Posted 2012/7/26
RDC: Le défenseur des droits humains Jean-François Mombia contraint de quitter Kinshasa après une série de menaces

Le 14 juillet 2012, M. Jean-François Mombia, défenseur des droits humains de la République Démocratique du Congo, a été contraint de quitter la ville de Kinshasa par craintes pour sa sécurité.
Le défenseur a pris cette décision après plusieurs semaines durant lesquelles il a été constamment menacé et intimidé pour avoir donné une interview le 25 mai au sujet d'une opération de police lancée en avril 2012 à Kinshasa.
Jean-François Mombia est président du Réseau d'Information et d'Appui aux ONGs en République Démocratique du Congo -RIAO, une association de tutelle qui rassemble plusieurs douzaines d'ONG et d'associations de paysans venant de plusieurs provinces du pays.
L'objectif de ce réseau est de renforcer les capacités de ses membres tout en agissant en tant que représentant lorsqu'ils doivent traiter avec différents acteurs, y compris les médias. Depuis sa création en 2006, sous la direction de Jean-François Mombia, le RIAO est particulièrement actif dans la promotion des droits des minorités et contre les mines terrestres.
Le DDH menacé de disparition pour avoir critiqué le Président
Après avoir donné l'interview le 25 mai, Jean-François Mombia fait l'objet d'une surveillance policière permanente et de filatures. Dans la matinée du 29 mai 2012, six hommes des services spéciaux de la police ont abordé Jean-François Mombia et l'ont accusé d'avoir insulté le Président dans l'interview accordée à RFI. Ils l'ont conduit au poste de police, l'ont enfermé dans une cellule pendant quelques heures et ont menacé de le faire disparaître. Il a été libéré après avoir payé un pot-de-vin de 300$US.
Le défenseur a alors décidé de quitter temporairement Kinshasa. Il a déménagé dans la province d'Équateur, où il est resté 12 jours dans l'espoir que les menaces cesseraient. Mi-juin, Jean-François Mombia est rentré à Kinshasa, mais il a vite réalisé qu'il était toujours suivi et surveillé malgré ses tentatives pour faire profil bas.
Jean-François Mombia a échappé à une tentative d'enlèvement
Début juillet, un officier de l'armée que le défenseur connaît l'a informé que son nom apparaissait sur la "liste noire" des services de sécurité. Le 6 juillet, il a échappé à une tentative d'enlèvement alors qu'il se rendait à Kinshasa. Par chance, un véhicule s'est intercalé entre lui et les étrangers qui se trouvaient dans une Toyota Prado noire qui le poursuivaient, lui donnant l'opportunité de s'échapper.
Dans les nuits du 8 au 9 juillet, son domicile a été attaqué par des individus qui ont blessé l'un de ses chiens. Dans les nuits des 12 et 13 juillet, son domicile a de nouveau été attaqué par des étrangers qui ont quitté les lieux après avoir cassé une ampoule électrique qui éclaire l'extérieur de la maison. Suite à ces actes d'intimidation et menaces, Jean-François Mombia s'est résolu à fuir Kinshasa une nouvelle fois.
Ces menaces et actes d'intimidation ont commencé suite à une interview que Jean-François Mombia a accordé le 25 mai 2012 à Bruno Minas, correspondant pour Radio France Internationale (RFI), au sujet d'une opération de police à Kinshasa, nommée "opération ville propre". Cette opération, lancée courant avril 2012 vise à rendre la ville de Kinshasa plus présentable avant l'ouverture du sommet de la Francophonie en octobre prochain. L'opération est dirigée par le Colonel Kanyama, aussi connu sous le nom de "esprit des morts".
Lors de l'interview pour RFI, Jean-François Mombia a parlé des pertes humaines et des dégâts matériels causés par l'opération susmentionnée. Il a parlé d'une victime dont le magasin a été incendié sans qu'elle n'ait eu l'opportunité de prendre son argent et ses biens. La victime, une femme qui parle Lingala, a évoqué ce qu'elle pense être la vraie nature de l'opération et ce qui semble être une forme de revanche contre les personnes qui n'ont pas voté pour le président.
Front Line Defenders pense que les actes de harcèlement et d'intimidation contre Jean-François Mombia sont uniquement motivés par son travail légitime et pacifique en faveur des droits humains en République Démocratique du Congo , à savoir son opposition aux violations des droits humains commises lors de l'''opération ville propre".
Une mise à jour est nécessaire pour cette action. Avant de poursuivre cette action, contactez info@frontlinedefenders.org pour plus d'informations.






