Posted 2012/7/4
Honduras: Lettre conjointe d'organisations préoccupées par les menaces reçues par les accompagnateurs internationaux de PROAH et l'augmentation récente des attaques contre les DDH au Honduras
Projet d'accompagnement au Honduras14 organisations de défense des droits humains ont publié une lettre ouverte adressée aux membres éminents du corps diplomatique international et d'organisations internationales présentes au Honduras ou qui se concentrent sur ce pays.
Texte intégral de la lettre
Nous, les organisations soussignées, souhaitons faire part au corps diplomatique et aux institutions de la communauté internationale, de notre profonde préoccupation au sujet des menaces de mort proférées contre des accompagnateurs de PROAH (Proyecto de Acompañamiento Internacional en Honduras – projet d'accompagnement international au Honduras).
PROAH est un projet de l'ONG américaine Friendship Office of the Americas et fournit un accompagnement international aux défenseur-ses des droits humains depuis 2010. Les volontaires d'Europe et d'Amérique du Nord offrent un accompagnement aux organisations et aux individus qui se trouvent menacés ou en danger à cause de leur travail en faveur des droits humains, dans le but de dissuader les actes de violence et de renforcer le respect des droits humains. De plus, les volontaires sont témoins et soutiennent le processus de documentation sur la situation des droits humains au Honduras, diffusent des informations fiables à la communauté internationale et communiquent avec les réseaux de solidarité au niveau international.
Fin avril 2012, deux membres de PROAH ont reçu des menaces de mort via SMS sur leurs téléphones portables; ces messages étaient envoyés depuis le site web d'une compagnie téléphonique. Le premier message daté du 22 avril faisait référence à trois personnes accompagnées par PROAH:
"De CAM1 14/88 avec qui nous commençons. Pedro, Elena, Alan2… la fin sera la même**". Le second message, du 26 avril, contenait le texte suivant: "CAM> Merdes, une fois que l'on vous mettra une balle dans la tête vous resterez tranquilles". Les mêmes messages ont été envoyés aux personnes qui accompagnent PROAH en précisant que les menaces avaient un lien direct avec le travail de PROAH en faveur des droits humains.
Le fait que les accompagnateurs internationaux soient aussi la cible de menaces est un nouveau signe de la dégradation de la situation des défenseur-ses des droits humains dans le pays. Depuis plusieurs mois ils subissent une recrudescence d'attaques physiques, verbales et psychologiques.
En mars et avril, plusieurs membres du Comité de Familiares de Detenidos Desaparecidos en Honduras - COFADEH (Comité des proches des détenus disparus au Honduras) ont été la cible de persécutions, y compris d'agression physique et verbale. L'une d'entre eux, la journaliste Dina Meza, a été plusieurs fois menacée de violences sexuelles. Deux messages de menaces signés par "CAM" ont été laissés sur son téléphone portable. Par ailleurs, des membres de COPINH (conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras) sont la cible de menaces et d'actes de harcèlement depuis le mois de mars. L'exemple le plus grave est le meurtre de l'un de ses membres par la police, Santos Alberto Dominguez, le 1er mai. Seulement six jours plus tard, le corps d'Erick Martinez, journaliste et militant gay, a été retrouvé et portait des marques de strangulation.
Selon Margaret Sekaggaya, Rapporteuse Spéciale des Nations Unies sur la situation des défenseur-ses des droits humains, les victimes susmentionnées appartiennent aux catégories des défenseur-ses des droits humains – journalistes et défenseur-ses des droits des indigènes et des homosexuels – qui sont les plus menacées au Honduras. En février 2012, dans son rapport préliminaire écrit au terme de sa visite officielle au Honduras, elle a décrit la situation "d'impunité générale" et a déclaré "le coup d'État de 2009 a aggravé les faiblesses institutionnelles, tout en renforçant la vulnérabilité des défenseur-ses des droits humains" qui "en raison de la nature exposée de leurs activités, sont toujours victimes d'exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées, de torture et mauvais traitements, de menaces de mort, d'agressions et de stigmatisation".
Dans ce contexte, l'accompagnement international, à travers les projets de PROAH destinés aux personnes menacées ou en danger, est extrêmement important pour la défense des droits et la protection garantis par la Déclaration de l'ONU sur les défenseur-ses des droits humains.
Nous souhaitons remercier le corps diplomatique de l'Union européenne pour sa déclaration publique le 15 mai, dans laquelle il a fait part de ses inquiétudes face aux persécutions dont sont victimes les défenseur-ses des droits humains au Honduras. Nous considérons que cette déclaration adressée à l'État Hondurien est essentielle, et nous exhortons les missions diplomatiques à faire des déclarations similaires. De plus, nous demandons aux membres de la communauté diplomatique de rappeler aux autorités honduriennes l'importance du rôle de l'accompagnement international dans la défense des droits humains et nous leur demandons instamment de:
-- prendre les mesures nécessaires pour mettre fin au harcèlement et aux menaces contre les accompagnateurs internationaux en particulier et contre la communauté des défenseur-ses des droits humains en général.
-- ouvrir immédiatement une enquête minutieuse et impartiale sur ces attaques, menaces et meurtres de défenseur-ses des droits humains, et que les conclusions de cette enquête soient rendues publiques et que les coupables soient traduits en justice.
--- prendre des mesures urgentes et concrètes pour faire appliquer la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales universellement reconnus, adopté par l'Assemblée Générale des Nations Unies le 9 décembre 1998. Nous encourageons aussi la communauté internationale à s'engager activement aux côtés des défenseur-ses des droits humains au Honduras, afin de leur fournir le soutien et la protection prévus par les Orientations de l'Union Européenne pour la protection des défenseur-ses des droits humains et les autres instruments et mécanismes internationaux.
Cordialement,
ACOGUATE (Coordination de l'Accompagnement international au Guatemala), composée des comités suivants: Guatemala Solidarität Österreich (Austriche) CAREA (Cadena para un Retorno Acompañado) (Allemagne), Collectif Guatemala (France), El Comité Danés de Solidaridad con Centroamérica (CDSC) (Danemark), Guatemala Solidarity Network (GSN) (UK), Project Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG) (Canada), The Swedish Fellowship of Reconciliation (SweFOR) (Suède), Network in Solidarity with the People of Guatemala (NISGUA) (USA), Peacewatch Switzerland, La Plataforma de Solidaridad con Chiapas, Oaxaca y Guatemala de Madrid (Espagne), Breaking the Silence (Canada),
Front Line Defenders,
Peace Brigades International,
Friendship Office of the Americas.
Le texte intégral de la lettre au corps diplomatique et aux organisations internationales, est attaché au format PDF.
| Fichier attaché | Taille |
|---|---|
| carta_comun_-eng_final.pdf | 106.53 Ko |






