Posted 2010/10/19

Gambie: Les défenseuses des droits humains Dr Isatou Touray et Mme Amie Bojang-Sissoho restent en détention provisoire dans l’attente de leur procès

Les défenseuses des droits humains Dr Isatou Touray et Mme Amie Bojang-Sissoho ont été arrêtées et sont actuellement détenues à la prison centrale d’état, Mile Two, où elles attendent leur procès qui aura lieu le 20 octobre 2010. Dr Isatou Touray est Directrice Exécutive du Gambia Committee on traditional practices affecting the health of women and children – GAMCOTRAP (comité gambien sur les pratiques traditionnelles qui affectent la santé des femmes et des enfants), une organisation qui travaille dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive et les droits des femmes et des enfants. Amie Bojang-Sissoho est Coordinatrice des Programmes de GAMCOTRAP.

Informations Complémentaires

Le 11 octobre 2010, Dr Touray et Mme Bojang-Sissoho ont été convoquées par un agent de l’Agence Nationale des Renseignements (National Intelligence Agency -NIA), pour une rencontre avec des agents des relations publiques de l’Agence Nationale contre la Drogue. Une fois sur place, cependant, elles ont été arrêtées et placées en détention préventive un jour avant d’être transférées à la Prison Centrale Mile Two.

Elles ont comparu devant des magistrats de la Cour de Banjul le 12 octobre. Elles ont été placées en détention préventive par le magistrat principal Emmanuel Nkea. Bien qu’elles soient accusées d’une infraction pour laquelle elles pourraient être libérées sous caution et en dépit de l’assurance qu’elles ne s’enfuiraient pas, le magistrat a rejeté la libération sous caution demandée par les avocats des deux femmes.

Le procureur de la police, le commissaire de police Tijan Badjie, s’est opposé à la libération sous caution car l’enquête de la police est toujours en cours et que libérer les accusées revenait à compromettre l’enquête. Elles doivent comparaître le 20 octobre 2010.

Isatou Touray et Amie Bojang-Sissoho sont détenues en attendant la fin d’une enquête pour le détournement de 30 000€ dans les fonds du GAMCOTRAP. En mai 2010, le Cabinet du Président a créé une commission d’enquête sur l’utilisation des fonds du GAMCOTRAP.

La commission a conclu que les accusations de détournement de fonds étaient infondées. Cependant, peu de temps après la publication des conclusions, les membres de la commission auraient été renvoyés et une seconde commission d’enquête a été mise en place et doit présenter ses conclusions.

L’animosité du gouvernement contre les organisations qui travaillent contre la mutilation génitale féminine (MGF) est claire depuis 1999, lorsque le Président a publiquement déclaré qu’il ne peut garantir la sécurité des activistes qui militent contre les MGF. Suite à cette annonce, une directive présidentielle datant de 1999 a été adressée au Directeur de Radio Television Gambia, interdisant la diffusion de messages personnels opposés au MGF ou qui font référence aux risques médicaux qu’elles entraînent. A cette époque, GAMCOTRAP était la première organisation de la société civile à répondre à cette directive à travers une lettre ouverte adressée au Président.

GAMCOTRAP poursuivit sont travail et est l’une des principales organisations militant en faveur de la fin des MGF, et ce malgré l’opposition du gouvernement à l’élimination de telles pratiques au motif qu’elles font partie de l’Islam. En effet, Mme Isatou Touray a été nommée « Gambienne de l’année » en 2008, par le magasine News and Report Weekly, pour son travail contre les MGF et pour la promotion des droits des femmes et des enfants. Mme Touray est aussi membre du conseil de Women Living Under Muslim Laws – WLUML(Femmes vivant sous la loi Musulmane), depuis 2 ans et, elle et Amie Bojang-Sissoho travaillent activement dans ce réseau depuis plus de 10 ans.

GAMCOTRAP a été crée en 1984 après la conférence de Dakar où les femmes africaines avaient débattu des questions qui affectent leurs droits, telles que les pratiques traditionnelles nuisibles. GAMCOTRAP milite contre les pratiques traditionnelles nuisibles qui touchent la santé des femmes et des enfants, et notamment des fillettes.

Front Line et l’Observatoire sont préoccupées par la détention de Dr Touray et de Mme Bojang-Sissoho et par la décision de la Cour de refuser la liberté sous caution.